Tu es unique mais tu n’es pas mon tout !

C’est avec ce slogan que l’annonce du nouveau magazine  Brigitte MOM a été lancée en Allemagne.

Si cette petite phrase peut nous paraître évidente, elle représente outre Rhin une véritable provocation à la culture familiale.

Ainsi, Brigitte MOM y est annoncé comme le magazines des Mères Indignes par les conservateurs : il se tourne en effet entièrement vers la femme qui, tout en étant mère, a le culot d’avoir de nombreuses autres passions !

Il s’avère que contrairement à ce qu’on pourrait imaginer en voyant Angela Merkel aux commandes du pays, les allemandes peuvent très difficilement concilier leur souhait d’avoir des enfants avec leur épanouissement professionnel.

Les mères qui parviennent à braver les obstacles pour poursuivre leur vie professionnelle sont classées dans la catégorie Mauvaises mères : on les appelle les Mères corbeaux !

Si on connaît tous bien l’expression maman poule on ne peut pas en dire autant de sa cousine la mère corbeau, qui nous évoque d’instinct quelque chose de nettement moins douillet.

C’est pourtant une expression courante chez nos voisins allemands qui devraient arrêter de faire les malins dans leurs grosses bagnoles bien robustes avec leur super lave-vaisselle parce que ça va pas durer comme les impôts : z’auront bientôt plus personne pour conduire les bagnoles et salir les assiettes !

Il se trouve que les Allemandes font si peu d’enfants (1,3 contre 2 en France) que la population pourrait baisser de plus de moitié dans les 60 prochaines années.

Si j’ai d’abord pensé que ça devait s’expliquer par leur peu d’assiduité en matière d’épilation sous les bras (mais pas seulement), ma curiosité m’a obligée à aller chercher d’autres réponses plus probantes.

J’ai alors découvert que les Allemands réservent un sort bien particulier à la politique familiale dans leur pays.

Jusqu’à très récemment, il n’y avait quasiment aucune structure d’accueil pour les enfants en bas âge et avant 6 ans, la prise en charge scolaire n’est pas obligatoire.

En Bavière par exemple, la presque totalité des élèves de primaire ne sont pas pris en charge par les établissements scolaires l’après-midi. Les mères ont alors de grandes difficultés à retrouver un emploi qui plus est à temps partiel après leur longue pause.

Si le gouvernement fédéral a promis la création de structures d’accueil, les communes chargées de leur mise en place n’en ont pas forcément les moyens financiers.

Ces problèmes d’accueil importants sont au fond le corollaire d’une tradition forte et propre à l’Allemagne fondée sur une idéologie très conservatrice selon laquelle la mère est censée se consacrer exclusivement à l’éducation des petits enfants (Au sécour !).

Une femme en Allemagne est encore à l’heure actuelle uniquement valorisée par son rôle de mère et c’est elle seulement qui porte la responsabilité de cette charge, celle de renoncer à toute ambition professionnelle pour veiller à l’épanouissement complet de son enfant.

C’est ainsi que de nombreuses femmes attachées à leur autonomie renoncent carrément à la maternité, faute de liberté de choix.

On se plaint à juste titre de notre satut difficile de mères face aux choix que l’on est obligées de faire parfois entre un métier passionnant, une carrière potentielle et la présence suffisante auprès de nos enfants.

Mais si on se retrouve effectivement face à un vrai dilemme, nos keupines allemandes n’ont tout simplement pas même l’ombre d’un choix : elles manquent non seulement cruellement de modes de garde mais sont aussi exposées au risque de perdre leur poste, le droit du travail ne les protégeant pas comme en France.

Et comme si ça ne suffisait pas, les mères qui ne veulent pas renoncer à leur carrière et reprendre le travail après la naissance de leur enfant sont considérées comme des mères indignes : les fameuses  » mères-corbeaux « , accusées de délaisser leur progéniture.

Alors comment dire, là tout de suite, je n’ai aucun regret d’avoir été si misérable au lycée en allemand, de n’avoir retenu de toutes mes années de cours que la première phrase que j’ai apprise  » der fater raucht die pfeife  » et de ne pas avoir épousé ce beau et grand blond allemand à qui j’ai roulé un paquet de patins un été (mais non Muclor je déconne, c’est juste pour l’artikeul, j’invente évidemment !).

Parce que s’il est maintenant de notoriété publique que je n’ai jamais été dans la catégorie mère-poule, en Allemagne j’aurais forcément fait partie de ces fameuses  » mères-corbeaux « …

J’ajoute en bonus la petite bibliographie qui va bien :

Au pays des mamans poules et des mères corbeaux

Deux mères à contre-courant

La politique familiale allemande : les limites de l’action de l’État / Anne Salles

Maman-mais-pas-seulement

2 réflexions sur “Tu es unique mais tu n’es pas mon tout !

  1. Pingback: Le corps des femmes (mini débriefing) « Les Vendredis Intellos

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