Un bébé si je veux, un bébé quand je veux?

Mardi soir, mes yeux étaient rivés sur France 5 qui diffusait un reportage intitulé « Bébé éprouvette, un parcours éprouvant ».

J’en profite en passant, bien que nous soyons là pour parler bouquins,  pour vous donner le lien du replay si le cœur vous en dit, et celui du debrief de Faithfullyyours également curieuse de voir ça!

Alors voilà, pour les vendredis intellos, j’avais envie d’en parler… Et j’ai tout de suite pensé à un petit bouquin dans ma bibliothèque. Comme j’adore noter sur la première page de mes bouquins où, quand et avec qui je les ai achetés (une transmission de ma maman), je peux même dire que ce petit bouquin je l’ai acheté juste après une consultation avec ma gynéco… Une consultation que j’ai redoutée, celle qui risquait de me confirmer une inquiétude grandissante avec le temps, peut-être ne serai-je jamais maman…

Repartie de là avec une flopée d’ordonnance pour faire des examens, pour mon homme et moi même, avec un aperçu de ce à quoi on devait s’attendre si les résultats s’avéraient mauvais… Je m’étais déjà convaincue que nous allions faire partie de ces 1 couples sur 6, ce couple sur 6 qui a recours à la procréation médicalement assistée pour essayer d’avoir un bébé. Oui, essayer, parce qu’il n’y a aucune garantie d’avoir un bébé au bout du parcours…

Comment leur serait-il possible de garantir un bébé à l’arrivée ?! La procréation reste une des prouesses de la nature, et si la médecine a percé quelques uns de ses mystères, elle reconnait qu’elle n’a aucune maitrise, aucun contrôle, elle n’est là que pour lui filer un coup de main à la nature… C’est elle qui fait le reste… ou pas !

Avant même de savoir, si nous allions en être, ma balade habituelle en librairie m’a conduite dans le rayon maternité que je fréquentais depuis longtemps en espérant acheter ces beaux livres plein de bébés, et où l’on trouve quelques livres consacrés à l’infertilité, terme plus délicat que la stérilité longtemps utilisé pour des cas où la fertilité est là mais a besoin d’un coup de pouce.  Quelques livres seulement, on ne remplit pas les étalages avec ça, mais dans ces quelques livres il est difficile de trouver ce dont on a besoin le plus : l’expérience des gens concernés !

J’ai tout de même lu le récit de Brigitte Fanny-Cohen (chroniqueuse santé à Télématin pour ceux qui connaissent), mais l’expérience d’une seule femme, d’un cas particulier ne pouvait pas refléter cet univers complètement, d’autant que dans son histoire personnelle elle a vécu l’adoption et la grossesse naturelle en même temps, ce n’est pas la chance de tout le monde… Et j’ai fini par tomber sur un petit livre qui s’appelle « Mieux vivre avec… une PMA ».

Cendrine Barruyer, journaliste et maman de trois enfants grâce à la PMA, a eu envie d’écrire pour les autres, ceux qui allaient comme elle se retrouver confrontés à l’immensité de la tâche, elle apporte des réponses pratiques aux questions qu’on peut se poser, ou qu’on ose pas poser, et a recueilli les témoignages de couples ayant eu envie eux aussi de partager leur expérience.

Dans ce riche petit livre, il y a un chapitre qui s’appelle Chronique d’une infertilité annoncée… 

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Quand on parle de la PMA, et du « parcours du combattant » qui l’accompagne, on évoque bien souvent les difficultés techniques. Boulot, piqûres, examens à réaliser à heure fixe, obligation de partir à midi en catastrophe pour un bilan, attente pendant des heures à l’hosto, renoncement à sa vie professionnelle (on la met entre parenthèses) 

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Doutes sur soi-même, fragilisation du couple, angoisses, souffrances. Tous les couples qui traversent l’épreuve de l’infertilité et ont recours à une PMA connaissent ces moments de désespoir.  Chacun les vit à sa manière, mais la chronologie des sentiments vécus par les aspirants parents est souvent proche.

D’abord le désir d’enfanter. Un désir intense, un peu fou. Un désir ancestral, ineffable, irrépressible. Avoir envie d’un enfant ne se commande pas, cela s’impose à vous, comme un besoin vital, comme une urgence. On arrête la pilule et on attend… Un mois, deux mois, six mois… Longtemps on a voulu « éviter une naissance impromptue »… et voilà que maintenant le corps ne répond pas. Premier sentiment de trahison. Le corps n’obéit pas à nos injonctions. 

Le désir d’enfant devient vite obsessionnel.

Les courbes de température, l’amour qui perd de sa spontanéité, l’homme qui naguère hantait nos rêves, est réduit au rôle de géniteur.

Plus le temps passe, plus les échecs répétés renforcent le sentiment d’impuissance des couples, plus on est amer, anéanti. On se sent incapable de donner un enfant à celui (ou celle) qu’on aime.

Cette incapacité à devenir parent envahit, comme par osmose, tous les champs de l’existence. On se sent nul, dévalorisé. L’homme qui associe inconsciemment virilité et fécondité s’en trouve parfois affecté de troubles de l’érection. La femme, comme dépossédée de sa féminité. Mais il y a plus, les compétences intellectuelles, professionnelles peuvent être remises en cause. C’est l’être tout entier qui est atteint. Pas seulement sa sexualité.

Viennent ensuite les premiers examens et adieu pudeur ! 

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Prises de sang, hystérosalpingographie, spermogramme, Test de Huhner, rapport programmés entre autres réjouissances…

Passée l’épreuve du diagnostic, arrive la PMA proprement dite. Les FIV et les jours d’attente post transfert.. On est comme en suspens, intouchable. Du moment où le cathéter a été introduit dans l’utérus, la femme se sent mère. La plupart parlent même à leurs embryons.

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Et quand les embryons ne tiennent pas ? Il n’y a pas de mot pour décrire la détresse des femmes, le jour où les règles reviennent. C’est comme si elles perdaient un enfant. La culpabilité s’en mêle parfois. J’aurai dû… Se dit-on… On se reproche de ne pas s’être assez reposé, on trouve mille raisons à s’accuser. On se sent parfois mère assassine, qui tue ces malheureux embryons qui ne demandaient qu’à s’implanter. Pire encore, lorsque ces embryons quittent leur nid douillet après plusieurs semaines de gestation…

Inquiétude, culpabilité… Et le cercle vicieux de la perte de confiance en soi se referme.

Face à ce parcours des plus difficiles, il n’y a pas une réponse univoque. Chaque couple doit trouver son chemin en fonction de sa personnalité. Une chose est sûre : savoir ce qui peut advenir est le meilleur moyen pour être prêt à supporter l’épreuve.

Dans ce parcours, tous les couples ont connu des moments où ils se sentaient seuls au monde.

Et puis il y a l’incompréhension de l’entourage. Ne nous y trompons pas, même un entourage bienveillant peut être gaffeur. Il faut avoir vécu dans son corps, dans son être, les affres de l’infertilité pour comprendre  ce que ressentent les couples.  L’une témoigne son refus d’aller à la maternité voire son neveu et l’on regrettera son indifférence ou sa jalousie… sans savoir qu’il ne s’agit ni de l’un ni de l’autre, mais seulement de souffrance. L’autre provoquera  chez sa soeur un sentiment d’avoir été rejetée, mise de côté parce qu’elle n’aura pas parlé de toutes ces démarches douloureuses.

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Dans un parcours comme celui là, il faut bien sûr partir gagnant. Mais il faut aussi se préparer à l’hypothèse que peut-être la PMA ne marchera pas…

Dans ce riche petit livre, l’auteur aborde tous les sujets, la technique, les causes, les réponses de la médecine, le parcours jusqu’à ce que bébé s’annonce, l’adoption, le côté psychologique de l’affaire, en s’appuyant sur sa propre expérience, et celle d’autres couples. Un chapitre est même consacré aux « conseils éclairés » de parents donnant au travers de leur expérience ce qui les a aidé à tenir le coup.

Je me suis étalée en longueur et avec ses mots, mais je n’aurai pas dit mieux…

J’ai quand même envie de vous citer quelques unes des phrases assassines qu’elle mentionne très justement dans le chapitre sur le poids psychologique de la PMA..

« Ne t’inquiètes pas, le bébé va bien arriver un jour ou l’autre »

« Si tu arrêtes d’y penser tout le temps, tu vas tomber enceinte »

« C’est dans ta tête! »

« Pars en vacances, et tu vas voir, tout va rentrer dans l’ordre »

« Tu n’es sans doute pas prête à avoir un enfant. Va voir un psy, le blocage va se lever et tu pourras avoir un enfant »

« Tu devrais adopter, il y a plein de femmes qui tombent enceintes après avoir adopté un premier enfant »

J’ajouterai celles d’avant… Celles qui font que le plus souvent les couples s’abstiennent de parler de tout ça, garde cette souffrance pour eux et affrontent ça tout seul…

« Alors le bébé c’est pour quand? »

« Ben alors vous avez perdu le mode d’emploi? »

« Mais vous faîtes l’amour au moins? » (cf illustration du bouquin plus haut!)

La liste est si longue…

Chocophile

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